Musée H. Fisher & Fils
- Marie France Filipovic
- il y a 15 minutes
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C’est un retour au siècle dernier qu’ont fait les marcheurs du groupe Marche Santé ce jeudi 20 novembre en entrant dans la boutique centenaire d’accessoires de couture H. Fisher & Fils, sur le boulevard Saint-Laurent.


Le magasin appartient désormais au Musée du Montréal juif, qui en a récemment fait une exposition avec expérience immersive. Nous pouvions fouiner à notre guise, pourvu que nous replacions les articles touchés.

Des fermetures éclair et des bobines de fil de toutes les grandeurs et de toutes les couleurs, des rouleaux de tissus et de doublure, des boîtes de boutons, des ciseaux commerciaux et une foule d’autres accessoires empilés jusqu’au plafond, confirmaient qu’il y avait effectivement eu une époque glorieuse de la couture et du vêtement.

Nous avons été accueillis par une guide qui nous a fait une courte présentation des lieux. La visite s’est poursuivie au gré de chacun et était ponctuée de petits écrans modernes, ici et là, où la dernière propriétaire, Esther Rosenfeld Fisher, raconte comment se sont déroulées les bonnes années de la boutique dans un documentaire réalisé en 2020 par Urbania, alors qu’elle a « 93 ans et trois quarts », comme elle le dit elle-même.

Voici la petite histoire:
Établi dans le quartier du textile des années 1920, ce commerce débute en 1918, lorsque Harry Fisher, immigrant juif d’Europe de l’Est et tailleur de métier, décide de partir à son compte dans son petit logement de l’avenue des Pins.

Après quelques déménagements et agrandissements, il prend possession en 1922 du local actuel situé au 4129 boulevard Saint-Laurent, et développe avec ses enfants une entreprise florissante. La Main (aujourd’hui boulevard Saint-Laurent) vibrait alors au rythme de l’industrie textile et de la communauté juive originaire d’Europe de l’Est. Plusieurs autres établissements liés au textile l’entouraient à cette époque. Ils ont tous disparu.

En 1957, quelques mois avant le décès de Harry, le commerce est vendu à son fils Mitch et à sa fille Pearl, et est renommé H. Fisher & Fils en son honneur. En 1987, Pearl revend sa part à son frère.

Les Fisher vendaient surtout en gros, notamment à des manufactures, des tailleurs et des couturières. Le Cirque du Soleil, l’Opéra de Montréal et les écoles de mode figuraient aussi parmi leur clientèle.

En 1993, Mitch meurt subitement et aucun de ses enfants n’est intéressé à poursuivre l’aventure. Esther, son épouse, désormais propriétaire de l’immeuble et du commerce, décide de s’impliquer, elle qui n’avait jamais travaillé professionnellement. « Je ne voulais pas le vendre, je voulais que le nom de mon mari demeure. » Il lui faudra deux ans pour trouver ses marques.

Plus encore qu’un nom, c’est le souvenir de l’homme auquel elle a été mariée durant 45 ans qu’Esther a préservé entre ces murs. Le vieux téléphone filaire de la boutique affiche encore une touche de composition automatique au nom de Mitch, jamais effacée ni reprogrammée.
Esther Fisher garde la boutique ouverte jusqu’en 2022. Elle décède deux mois plus tard, à 96 ans.

L’acquisition est ensuite faite par un donateur anonyme, qui confie la boutique au Musée du Montréal juif. Celui-ci décide d’en faire un lieu d’histoire pour nous faire découvrir les liens entre l’industrie du vêtement à Montréal et l’immigration juive du début du 20ème siècle.
Après cette immersion dans l’histoire, nous nous sommes retrouvés autour d’un bon café, d’une tisane ou d’un chocolat chaud bien appréciés. Merci Marche Santé !




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